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Mis a jour le 25/11/2025

Grossesse

Etat des connaissances

  • Aspect malformatif
    • L’acide valproïque en monothérapie entraîne un syndrome polymalformatif dans près de 11% des cas en moyenne. Ce risque est significativement plus élevé que celui de tous les autres antiépileptiques ou thymorégulateurs, que celui des femmes épileptiques non traitées, et que celui de la population générale (environ 2% de malformations majeures à la naissance).
    • En cas de polythérapie contenant de l’acide valproïque, le risque malformatif n’est pas sensiblement différent de celui qui existe en monothérapie d’acide valproïque.
    • Effet-dose :
      • Le risque malformatif est proportionnel à la dose d’acide valproïque
      • Il n’y a pas de dose sans effet. Un risque malformatif existe même à faible posologie (≤ 650 mg/j)
    • Malformations les plus fréquentes :
      • cardiopathies
      • anomalies de fermeture du tube neural (spina bifida essentiellement) dans 2 à 3% des cas (0,05% dans la population générale)
      • hypospadias, malformations rénales
      • malformations des membres (atteintes réductionnelles notamment préaxiales, ectromélies, arachnodactylies…)
      • fentes palatines (+/- labiales)
      • craniosténoses (notamment trigonocéphalies)
      • dysmorphies faciales caractéristiques (philtrum long bombé, oreilles bas implantées, plis épicanthiques…)
      • dans une moindre mesure : hyper laxité ligamentaire et anomalies de l’œil (myopie, troubles de réfraction, strabisme…)
    • Période à risque pour certaines des malformations observées :
      • anomalies de fermeture du tube neural : entre 4 et 6 semaines d’aménorrhée
      • malformations cardiaques : entre 5 et 9 semaines d’aménorrhée
    • La présence dans la fratrie d’un enfant déjà atteint d’une malformation liée à l’acide valproïque est un facteur de risque supplémentaire majeur de récidive.
  • Aspect fœtal et néonatal
    • L’acide valproïque passe le placenta : à terme, les concentrations néonatales sont équivalentes ou supérieures aux concentrations maternelles.
    • Des thrombopénies et une diminution du fibrinogène ont été décrites dans quelques cas chez des nouveau-nés de mères traitées jusqu’à l’accouchement.
      L’acide valproïque n’est pas inducteur enzymatique et ses effets indésirables sont indépendants de la vitamine K.
    • Quelques rares hypoglycémies ont été signalées dans la première semaine de vie chez des nouveau-nés de mères traitées jusqu’à l’accouchement.
  • Aspect neurodéveloppemental
    • Les enfants de mères traitées par acide valproïque pendant la grossesse ont un risque augmenté de troubles neurodéveloppementaux (dans les domaines cognitifs, comportementaux, moteurs) qui peuvent être mis en évidence parfois dès l’âge de 1 an et dont les points marquants sont indiqués ci-dessous :
      • Troubles cognitifs (atteintes du QI, du langage, de l’attention et de la mémoire), difficultés d’apprentissage déficience intellectuelle :
        • Le QI global des enfants exposés in utero est diminué d’environ 10 points
        • Le QI verbal est particulièrement affecté avec une dizaine de points en moins sur un suivi jusqu’à l’âge de 10 ans environ, en mono ou polythérapie :
          • 20 à 40% des enfants ont un QI verbal < 80
          • Le recours au soutien scolaire et à la rééducation orthophonique est 2 à 6 fois plus fréquent chez ces enfants
      • Effet dose :
        • La fréquence et l’importance des atteintes est proportionnelle à la posologie d’acide valproïque
        • Si pour une posologie supérieure à 750-800 mg/j le risque est important, il est également observé, mais dans une proportion moindre, à une posologie inférieure à 750-800 mg/j
    • Les troubles du spectre de l’autisme sont également 5 à 6 fois plus fréquents que dans les populations témoins.
      • Les troubles du spectre de l’autisme concernent autant les filles que les garçons.
    • Une augmentation du risque de troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) a également été mise en évidence : ce risque est multiplié par 1.5 par rapport à la population témoin non exposée. Il semble qu’il y ait une relation dose-effet.
    • Ces atteintes neurodéveloppementales peuvent survenir en l’absence de malformation congénitale. En présence de malformations (dysmorphie faciale en particulier), le risque neurodéveloppemental est plus élevé.
    • En cas d’exposition à l’acide valproïque en cours de grossesse, quelle que soit la durée de traitement et quelle que soit la période d’exposition, un suivi neurodéveloppemental de l’enfant est à prévoir dès le plus jeune âge (PNDS Embryo-foetopathie au valproate).
  • Aspect maternel
    • L’acide valproïque peut être responsable chez l’adulte de troubles de l’hémostase sans rapport avec les facteurs vitamine K dépendants : thrombopénie, diminution du fibrinogène, allongement du temps de saignement.

En pratique

L’acide valproïque a les effets tératogènes et neurodéveloppementaux les plus importants parmi les anticonvulsivants et les thymorégulateurs disponibles à ce jour. Toutes les mesures doivent être mises en œuvre pour éviter une grossesse sous acide valproïque.
ACIDE VALPROÏQUE DANS L'EPILEPSIE
Il est important que l’épilepsie soit bien équilibrée tout au long de la grossesse.
L’acide valproïque a les effets tératogènes et neurodéveloppementaux les plus importants parmi les anticonvulsivants disponibles à ce jour. Toutes les mesures doivent être mises en œuvre pour éviter une grossesse sous acide valproïque (cf. Etat des connaissances).
  • Prescription d’acide valproïque chez la femme en âge de procréer
    • L’acide valproïque ne doit pas être utilisé chez les femmes en âge de procréer sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance aux alternatives médicamenteuses existantes. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Antiépileptiques – Grossesse.
    • Si l’acide valproïque est prescrit (inefficacité ou intolérance aux alternatives médicamenteuses existantes) :
      • L’utilisation d’une contraception efficace concomitante est indispensable
      • S’assurer régulièrement de l’absence de grossesse pendant le traitement
  • En prévision d’une grossesse / En préconceptionnel
    • Une consultation préconceptionnelle est indispensable afin :
      • De faire le point sur la pathologie et son traitement en vue d’une future grossesse
      • D’informer la patiente des risques liés à l’acide valproïque (cf. Etat des connaissances)
      • D’envisager l’arrêt de l’acide valproïque avant la conception et son relais par un autre antiépileptique. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Antiépileptiques – Grossesse.
        • Un délai de 5 jours en moyenne est suffisant après l’arrêt de l’acide valproïque pour envisager une conception.
    • Si, après avis du spécialiste, l’acide valproïque est indispensable car son interruption risque de compromettre gravement l’équilibre maternel et qu’il n’existe aucune alternative acceptable, la poursuite du traitement n’est envisageable que sous réserve du maintien de posologies les plus faibles possibles (cf. Etat des connaissances).
    • En ce qui concerne la prescription d’acide folique chez les femmes épileptiques traitées : cf. Acide folique et prévention des malformations congénitales.
  • Découverte d’une grossesse pendant le traitement
    • Ne pas arrêter le traitement sans un avis spécialisé.
    • Compte tenu des risques de l’acide valproïque en cours de grossesse (cf. Etat des connaissances) :
      • Informer la patiente des risques encourus
      • Envisager de changer de traitement chez la femme enceinte quel que soit l’âge de la grossesse, sans compromettre gravement l’état clinique de la patiente
      • Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Antiépileptiques – Grossesse
      • Ne maintenir l’acide valproïque qu’en dernier recours et à posologie la plus faible possible (cf. Etat des connaissances)
    • En ce qui concerne la prescription d’acide folique chez les femmes épileptiques traitées : cf. Acide folique et prévention des malformations congénitales.
    • En cas d’exposition à l’acide valproïque au 1er trimestre de la grossesse, prévoir une échographie à visée diagnostique ciblée notamment sur le tube neural, le cœur, la face, la voûte crânienne, les reins, les organes génitaux externes et le squelette (cf. Etat des connaissances).
    • En cas d’exposition après le 1er trimestre, la surveillance prénatale sera orientée sur la voûte crânienne.
    • Si l’acide valproïque est poursuivi jusqu’à l’accouchement :
      • Envisager un bilan d’hémostase chez la mère avant l’accouchement (plaquettes, fibrinogène, TCA, temps de saignement)
      • Informer l’équipe de la maternité du traitement maternel pour lui permettre d’adapter l’accueil du nouveau-né (fibrinogène, plaquettes et glycémie) (cf. Etat des connaissances)
    • Suivi de l’enfant à long terme :
      • En raison des effets neurodéveloppementaux décrits chez les enfants exposés in utero à l’acide valproïque et ses dérivés, un suivi neurodéveloppemental précoce des enfants est souhaitable (PNDS Embryo-foetopathie au valproate).
  • Traiter une femme enceinte
    • Compte tenu des risques de l’acide valproïque en cours de grossesse, tout sera envisagé pour instaurer un autre anticonvulsivant chez la femme enceinte quel que soit l’âge de la grossesse, et sans compromettre gravement l’état clinique de la patiente. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Antiépileptiques – Grossesse.
    • L’utilisation de l’acide valproïque ne sera envisagée qu’en dernier recours, à la plus faible posologie possible, et après avoir informé la patiente des effets décrits (cf. Etat des connaissances).
    • Si un traitement par acide valproïque en cours de grossesse est indispensable : Contactez le CRAT.
ACIDE VALPROÏQUE / DIVALPROATE / VALPROMIDE DANS LES TROUBLES BIPOLAIRES
L’acide valproïque a les effets tératogènes et neurodéveloppementaux les plus importants parmi les anticonvulsivants et les thymorégulateurs disponibles à ce jour.
Toutes les mesures doivent être mises en œuvre pour éviter une grossesse sous acide valproïque (cf. Etat des connaissances).
  • Prescription d’acide valproïque / divalproate / valpromide chez la femme en âge de procréer
    • L’acide valproïque / divalproate / valpromide ne doit pas être utilisé chez les femmes bipolaires en âge de procréer. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Thymorégulateurs – Grossesse.
    • Si l’acide valproïque / divalproate / valpromide est prescrit (inefficacité ou intolérance aux alternatives médicamenteuses existantes) :
      • L’utilisation d’une contraception efficace concomitante est indispensable
      • S’assurer régulièrement de l’absence de grossesse pendant le traitement
  • En prévision d’une grossesse / En préconceptionnel
    • Une consultation préconceptionnelle est indispensable.
    • L’arrêt du traitement par acide valproïque / divalproate / valpromide devra être entrepris en accord avec le spécialiste avant la conception. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Thymorégulateurs – Grossesse.
    • Un délai de 5 jours en moyenne est suffisant après l’arrêt de l’acide valproïque / divalproate / valpromide pour envisager une conception.
  • Découverte d’une grossesse pendant le traitement
    • Compte tenu des risques de l’acide valproïque / divalproate / valpromide chez la femme enceinte (cf. Etat des connaissances):
      • Informer la patiente des risques encourus
      • Le traitement sera interrompu quel que soit le terme de la grossesse. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Thymorégulateurs – Grossesse
    • En cas d’exposition à l’acide valproïque au 1er trimestre de la grossesse, prévoir une échographie à visée diagnostique  ciblée notamment sur le tube neural, le cœur, la face, la voûte crânienne, les reins, les organes génitaux externes et le squelette (cf. Etat des connaissances).
    • En cas d’exposition après le 1er trimestre, la surveillance prénatale sera orientée sur la voûte crânienne.
    • Si le traitement thymorégulateur a été suspendu en raison de la grossesse, il sera rétabli au plus tôt après l’accouchement aux posologies antérieures, du fait du risque de décompensation dans le post-partum, ce d’autant que l’allaitement est possible sous acide valproïque / divalproate / valpromide.
    • Suivi de l’enfant à long terme :
      • En raison des effets neurodéveloppementaux décrits chez les enfants exposés in utero à l’acide valproïque et ses dérivés, un suivi neurodéveloppemental précoce des enfants est souhaitable (PNDS Embryo-foetopathie au valproate).
  • Traiter une femme enceinte
    • Compte tenu des risques en cours de grossesse (cf. Etat des connaissances), l’acide valproïque / divalproate / valpromide ne doit pas être utilisé, et ce quel que soit l’âge de la grossesse. Pour les alternatives thérapeutiques : cf. Thymorégulateurs – Grossesse.

Allaitement

Etat des connaissances

  • Dans la littérature on retrouve environ 160 enfants allaités par des mères traitées par acide valproïque.
  • La quantité d’acide valproïque ingérée via le lait est très faible : l’enfant reçoit en moyenne environ 1 à 2% de la dose maternelle (en mg/kg).
  • Les concentrations plasmatiques chez les enfants allaités représentent en moyenne 3% des concentrations plasmatiques maternelles.
  • Aucun effet particulier attribuable à l’acide valproïque n’est retenu à ce jour chez les enfants allaités.
  • A l’âge de 6 ans, les performances cognitives d’un petit effectif d’enfants exposés in utero puis allaités par des mères sous acide valproïque ne semblent pas différentes de celles d’enfants exposés uniquement pendant la période intra-utérine.

En pratique

  • Au vu des données disponibles sur l’acide valproïque et l’allaitement (cf. Etat des connaissances), l’utilisation  est possible chez une femme qui allaite dans le strict respect de ses conditions de prescription (cf. ANSM).

Exposition paternelle

Etat des connaissances

  • Fertilité
    • Chez l’animal, l’acide valproïque peut entraîner une atteinte réversible de la spermatogénèse et une atrophie testiculaire.
    • Chez l’homme, quelques atteintes des fonctions de la reproduction ont été rapportées :
      • altération du spermogramme avec diminution du nombre, de la motilité et des formes typiques des spermatozoïdes. Ces effets sont réversibles à l’arrêt du traitement. Une dose-dépendance, étudiée chez un seul patient, a été observée.
      • anomalies du bilan hormonal avec notamment diminution de la testostérone et de la FSH, et augmentation de la DHEAS (déhydroépiandrostérone).
      • quelques troubles de la fonction érectile,
      • légère diminution du volume testiculaire
  • Conception au cours d’un traitement paternel
    • Passage dans le liquide séminal
      • Le passage de l’acide valproïque dans le liquide séminal est extrêmement faible : la quantité contenue dans un éjaculat est de l’ordre de 0.02 mg.
    • Données cliniques
      • Aspect malformatif :
        A ce jour, les données publiées sur des enfants dont le père était traité par acide valproïque dans les 3 mois avant et /ou au moment de la conception sont très nombreuses et aucun effet tératogène n’est attribué au traitement paternel par acide valproïque, contrairement à ce qui est décrit lors d’un traitement maternel (Acide valproïque – exposition maternelle ). Ceci est cohérent avec le passage extrêmement faible de l’acide valproïque dans le liquide séminal (cf. ci-dessus).
      • Aspect neurodéveloppemental :
        Les données publiées sur des enfants dont le père était traité par acide valproïque dans les 3 mois avant et/ou au moment de la conception sont très nombreuses. Les résultats des études épidémiologiques (cohortes de grande taille), sont contradictoires, certaines études ne mettant pas en évidence d’augmentation des troubles du neurodéveloppement (Tomson 2020; Christensen 2024; Christensen 2025), d’autres étant en faveur d’une augmentation du risque de troubles du neurodéveloppement (Colas 2025, Etude EPI-PHARE 2025 – à ce jour non publiée dans une revue à comité de lecture). Les résultats en faveur d’une association positive pourraient être notamment entachés de biais liés à une durée de suivi différente entre les groupes comparés, à la pathologie paternelle et sa sévérité, à la non prise en compte de l’environnement de vie de l’enfant, notamment le statut socioéconomique du foyer ou le niveau d’éducation des parents. Les résultats négatifs, issus d’études de plus petite taille pourraient quant à eux être liés à un manque de puissance statistique. A ce jour, il n’est donc pas possible de statuer ni sur l’existence ou l’absence d’un risque de troubles du neurodéveloppement, ni sur sa nature exacte si celui-ci existe.

En pratique

  • En prévision d’une grossesse / En préconceptionnel
    • Par prudence et dans la mesure du possible, on préférera une alternative thérapeutique en raison des incertitudes relatives au risque de troubles du neurodéveloppement chez les enfants dont le père était traité par acide valproïque au moment de la conception ou dans les 3 mois précédents (Cf Etat des connaissances).
    • Penser au rôle possible de l’acide valproïque en cas de troubles de la fertilité sans autre étiologie chez un homme traité (cf. Etat des connaissances).
  • Grossesse conçue sous traitement paternel
    • Rassurer le couple quant au risque malformatif d’une conception paternelle sous acide valproïque
    • Ne pas inquiéter le couple quant aux conséquences d’un traitement paternel par acide valproïque au moment de la conception ou dans les 3 mois précédents
      • Cette exposition paternelle ne justifie pas un suivi de la grossesse différent de la surveillance usuelle.
      • Bien que les données soient contradictoires et doivent être confirmées (cf. Etat des connaissances), de principe, on pourra proposer d’être attentif à l’évolution du neurodéveloppement de l’enfant.
  • Traitement paternel en cours de grossesse
    • Le traitement paternel par acide valproïque peut être instauré, poursuivi ou repris en cours de grossesse sans précaution particulière ni surveillance spécifique de la grossesse.

Voir aussi

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