TERALITHE®
Mis a jour le 31/03/2023
Grossesse
Etat des connaissances
- Passage placentaire
- Le lithium passe le placenta. Les concentrations néonatales et maternelles sont équivalentes.
- Aspect malformatif
- Le lithium est responsable de malformations congénitales touchant essentiellement la sphère cardiaque.
- Les données actuelles permettent de considérer que l’incidence de ces cardiopathies est de l’ordre de 2,5% (leur fréquence de base est de 0,5 à 1% dans la population générale).
- Une relation effet-dose est évoquée dans une étude.
- Entre autres cardiopathies, la maladie d’Ebstein est sur-représentée : environ 1% contre 0,005% dans la population générale (1/20 000).
- Chez l’embryon humain, le cœur se met en place entre 5 et 9 semaines d’aménorrhée (21ème à 50ème jour post-conception).
- Aspect fœtal
- Des augmentations du liquide amniotique, voire des hydramnios ont été rapportés, vraisemblablement par diabète insipide fœtal.
- Aspect néonatal
- Le lithium s’élimine essentiellement par voie rénale et sa demi-vie chez le nouveau-né à terme est estimé à environ 3 à 4 jours.
- De rares effets néonatals réversibles ont été observés en cas de traitement poursuivi jusqu’à l’accouchement. Il s’agit essentiellement :
- de troubles du rythme cardiaque (bradycardies…),
- d’insuffisance cardiaque,
- d’hypotonie,
- d’atteintes de la fonction thyroïdienne (goitres eu- ou hypothyroïdiens…),
- de diabète insipide.
- Lorsqu’ils surviennent, ces effets apparaissent dans les 1ères heures de vie et régressent en une dizaine de jours (voire plus pour la thyroïde).
- La possibilité de survenue de ces effets néonatals est à mettre en balance avec le risque de décompensation que pourrait faire courir à la mère une diminution voire un arrêt de son traitement, en particulier dans cette période de fragilité que constituent la fin de grossesse et le post-partum.
- Aspect neurodéveloppemental
- A ce jour, tenant compte de l’ensemble des données publiées, aucun effet particulier n’a été rapporté sur le plan neurodéveloppemental chez les enfants exposés in utero au lithium (enfants d’environ 2 à 10-11 ans).
- Aspect maternel
- Une diminution importante des concentrations plasmatiques maternelles de lithium (lithiémies) est possible dès la fin du 1er trimestre, avec un retour aux concentrations antérieures à la grossesse dans les 2 premières semaines postpartum.
En pratique
| Traitement psychotrope et grossesse : les points clés |
- Prescription de lithium chez la femme en âge de procréer
- S’assurer qu’il n’y a pas de grossesse en cours.
- L’utilisation d’une contraception est souhaitable.
- Informer la patiente des effets du lithium en cas de grossesse (cf. Etat des connaissances).
- En prévision d’une grossesse / En préconceptionnel
- Prévoir une consultation préconceptionnelle pour :
- Reconsidérer l’opportunité d’une grossesse en cas de pathologie psychiatrique déséquilibrée et/ou de traitement psychotrope lourd,
- Réévaluer la stratégie thérapeutique, car on préférera si possible dans la perspective d’une grossesse, et avec l’accord du prescripteur :
- soit recourir à un autre traitement thymorégulateur,
- soit arrêter le lithium du diagnostic le plus précoce possible de la grossesse (à 4 SA au plus tard) jusqu’à la fin de l’organogenèse cardiaque (50ème jour post-conception), pour éviter une éventuelle malformation cardiaque liée au lithium (cf. Etat des connaissances).
- Si après avis spécialisé, l’interruption du lithium du diagnostic le plus précoce possible de la grossesse (à 4 SA au plus tard) jusqu’à la fin de l’organogenèse cardiaque (50ème jour post-conception) est difficile car elle risque de compromettre l’équilibre maternel, la poursuite du traitement est possible à la dose minimum efficace (cf. Etat des connaissances), et sous réserve d’une surveillance prénatale adaptée (cf. « Traiter une femme enceinte »).
- Prévoir une consultation préconceptionnelle pour :
- Découverte d’une grossesse pendant le traitement
- Avant 10 semaines d’aménorrhée (SA) (période d’organogenèse) :
- Informer la patiente enceinte des effets décrits avec le lithium (cf. Etat des connaissances).
- La surveillance prénatale sera principalement orientée sur le cœur fœtal.
- Une suspension du traitement est souhaitable jusqu’à 10 SA révolues en raison du risque malformatif décrit avec le lithium.
- En l’absence d’alternative, ce qui doit être évalué par un spécialiste, le lithium pourra être poursuivi à la dose minimum efficace pendant la période d’organogenèse cardiaque (J21-J50 post conception) (cf. Etat des connaissances).
- Pour la suite de la grossesse, voir « Traiter une femme enceinte ».
- Après 10 SA (après l’organogenèse) :
- Si la grossesse est découverte après 10 SA, l’arrêt du traitement est inutile pour prévenir l’apparition d’une malformation.
- En cas d’exposition au lithium pendant la période à risque de cardiopathie (J21 à J50 post-conception), le diagnostic échographique sera orienté sur le cœur fœtal.
- L’avis d’un spécialiste est nécessaire à l’évaluation du bien-fondé de la poursuite du lithium en cours de grossesse.
- Si le lithium doit être poursuivi, voir « Traiter une femme enceinte ».
- Avant 10 semaines d’aménorrhée (SA) (période d’organogenèse) :
- Traiter une femme enceinte
- Avant 10 SA (période d’organogenèse) :
- On préférera si possible un autre thymorégulateur pendant cette période, en raison de l’effet malformatif du lithium sur le cœur fœtal.
- En l’absence d’alternative, le lithium sera prescrit à la dose minimum efficace pendant la période d’organogenèse cardiaque (J21-J50 post conception) (cf. Etat des connaissances).
Dans ce contexte, prévoir une surveillance échographique prénatale orientée principalement sur le cœur fœtal. - Si le lithium est poursuivi au-delà de 10 SA, voir ci-dessous les éléments concernant la surveillance maternelle et fœtale.
- Après 10 SA (après l’organogenèse) :
- A ce terme de la grossesse, un effet malformatif du lithium n’est plus attendu
- Le lithium peut être introduit ou poursuivi à posologie efficace.
- La surveillance maternelle et fœtale sera axée sur :
- les lithiémies maternelles : certaines équipes proposent une lithiémie mensuelle, puis hebdomadaire le dernier mois de grossesse (cf. Etat des connaissances).
- le volume du liquide amniotique et la thyroïde fœtale.
- En cas d’accouchement sous lithium, en informer l’équipe de la maternité pour lui permettre d’adapter l’accueil du nouveau-né (cf. Etat des connaissances).
- Si les posologies de lithium ont été augmentées du fait de la grossesse, elles seront rétablies dès l’accouchement au niveau antérieur à la grossesse, sous surveillance de la lithiémie maternelle.
- Suivi à long terme des enfants exposés in utero
- Bien qu’aucun effet particulier n’ait été mis en évidence à ce jour avec le lithium, comme pour tout enfant exposé à un médicament du système nerveux central de façon chronique pendant son développement intra-utérin, de principe, il conviendra d’être attentif à l’évolution de son neurodéveloppement.
- Avant 10 SA (période d’organogenèse) :
Si l’une de vos patientes est exposée au lithium en cours de grossesse, nous vous invitons à prendre contact avec le CRAT pour contribuer à enrichir les connaissances sur ce médicament chez la femme enceinte .
Allaitement
Etat des connaissances
- Dans la littérature on retrouve près de 90 enfants allaités de mère sous lithium.
- Les lithiémies de ces enfants peuvent atteindre 50% de celles de leur mère.
- Parmi ces enfants allaités, plusieurs effets réversibles à l’arrêt de l’allaitement ont été signalés (hypotonie, sédation, cyanose, souffle cardiaque, TSH élevée ou encore urémie augmentée).
- Rappelons que la lithiémie peut augmenter notamment en cas de déplétion sodée (chaleur, fièvre, diarrhée, vomissements,…) ou de prise d’AINS (ibuprofène…).
- Ces situations sont courantes chez les nourrissons et augmentent la toxicité potentielle du lithium ingéré via le lait car sa marge thérapeutique est étroite.
En pratique
- Au vu des données disponibles sur le lithium et l’allaitement (cf. Etat des connaissances):
- Un allaitement exclusif n’est pas souhaitable en cas de traitement maternel par lithium.
- Si un allaitement mixte est entrepris, pouvant permettre de diminuer l’exposition de l’enfant au lithium via le lait :
- On restera vigilant quant à l’état général de l’enfant allaité pendant toute la durée de l’allaitement mixte (prise de poids, sédation, trémulation…)
- Une surveillance biologique de l’enfant allaité pourra également être proposée. Certaines équipes préconisent dans ce contexte :
- une lithiémie et un bilan de la fonction rénale et thyroïdienne de l’enfant allaité dans les 2 premières semaines de vie puis régulièrement (toutes les 4-12 semaines)
- la suspension éventuelle des bilans biologiques chez l’enfant allaité en cas de lithiémie < 0,1 mmol/L, si son état clinique est bon et que les posologies maternelles de lithium ne sont pas augmentées.
- En cas de survenue de signes cliniques ou d’anomalies biologiques chez l’enfant allaité, la poursuite de l’allaitement mixte sera réévaluée.
Si l’une de vos patientes est exposée au lithium en cours d’allaitement, nous vous invitons à prendre contact avec le CRAT pour contribuer à enrichir les connaissances sur ce médicament chez la femme qui allaite.
Exposition paternelle
Etat des connaissances
- Fertilité
- Une toxicité gonadique du lithium est observée chez le rat à des doses extrêmement élevées (notamment atrophie testiculaire, atteintes histologiques des tubes séminifères, oligo-tératospermie).
- Chez l’homme les données cliniques sont anciennes, peu nombreuses et contradictoires. Certaines études rapportent une diminution de la mobilité des spermatozoïdes chez les hommes traités.
- Génotoxicité
- Le peu de données disponibles semble en faveur d’une absence de génotoxicité du lithium. Une atteinte du matériel génétique des spermatozoïdes n’est donc pas attendue chez un homme traité, ni de répercussion via ce biais sur un futur enfant.
- Passage dans le liquide séminal
- La quantité de lithium présente dans le liquide séminal, et donc éventuellement transmise à une femme enceinte lors de rapports non protégés, est négligeable .
- Conception au cour d’un traitement paternel
- Il n’y a pas de donnée publiée sur des enfants conçus par des hommes traités par lithium, mais il existe un recul d’usage et à ce jour aucun effet malformatif attribuable au traitement paternel par lithium n’a été rapporté contrairement à ce qui est décrit lors d’un traitement maternel (cf. Lithium – Grossesse).
Ceci est cohérent avec un passage négligeable du lithium dans le liquide séminal (cf. ci-dessus).
- Il n’y a pas de donnée publiée sur des enfants conçus par des hommes traités par lithium, mais il existe un recul d’usage et à ce jour aucun effet malformatif attribuable au traitement paternel par lithium n’a été rapporté contrairement à ce qui est décrit lors d’un traitement maternel (cf. Lithium – Grossesse).
En pratique
- En prévision d’une grossesse / En préconceptionnel
- Le lithium peut être poursuivi chez un patient qui désire concevoir.
- Grossesse conçue sous traitement paternel
- Rassurer le couple quant aux conséquences du traitement paternel par lithium sur le futur enfant.
- La prise de lithium par le futur père ne justifie pas un suivi de la grossesse différent de la surveillance usuelle.
- Traitement paternel en cours de grossesse
- Aucune précaution particulière n’est justifiée si un traitement paternel par lithium est débuté/ poursuivi en cours de grossesse (cf. Etat des connaissances ).